Compiègne….

Chap I : 7h00 du mat, j’ai des frissons.

Je sors de l’hotel en moule bite, la tête dans le cul et le cul dans le brouillard et tombe nez à nez avec un ptit blond enervé. il gesticule et jacasse à tout va. Ah tiens … c’est Edouard. Il me dit : « ON ESSAIE DE TE JOINDRE DEPUIS 1H ». Impossible, c’est de la mauvaise foi évidente, je suis un pro du téléphone portatif. C’est étrange, même pour un minet gominet dont on sait les moeurs dissolus et les égarements nocturnes, il est en cuissard et … à pied.

Il clame :  » LE CAMION A ETE ENLEVE DANS LA NUIT !! AVEC LES VTT DEDANS !! ». Je n’ai pas le temps de méditer sur le fait que la disparition des vélos semble plus grave que celle du véhicule et pense à une blague, tentative desepérée pour me déconcentrer avant l’épreuve. Cellulaire sur l’oreille, Bernard déboule, mobile, maboule et volubile : où est le volatile bolide ?

On monte tous les trois dans ma voiture. J’arnache le petit à l’arrière et laisse conduire Bernard qui semble avoir des infos. Et on commence à tourner dans Compiègne. C’est très joli au passage. Le respectable patriarche conserve un flegme remarquable, pour un piéton en collant sans moyen de locomotion à 200km de chez lui, que seul trahit sa façon de piloter à 80km/h en agglomération et en seconde avec le véhicule de ma chère et tendre qui, heureusement, dort encore. Je reprends le volant sous pretexte qu’il puisse converser à son aise.

– « Il y a une brocante aujourd’hui dans votre rue, le véhicule génait …
– …. ?????? !!!! ?????
-« Il a été mis en près-fourrière ».
– ?????? !!!! ?????…..
-« C’est fermé vous ne pourrez pas récupérer vos vélos »
– …. !!!!! ????!!!!!!!
-« Non pas avant lundi »
– !!!! ???? ….
– « La près-fourrière ? c’est près de la sous-prefecture mais là tout est fermé pour le week end »
-« La sous-prefecture ? Purée !! On vient de passer devant ! »

En fait on a dit « Putain !! » mais je trouve vulgaire d’écrire ça ici, surtout que j’ai déjà évoqué bite et cul à plusieurs reprise alors qu’il n’est même pas 7h30.

On fait demi-tour et le vent itou : un policier sympa laisse sortir le camion sans encombre. Ouf !

On passe chercher mon destrier qui piaffait d’impatience à l’hôtel et commençait à reveiller le voisinage puis on fonce sur la ligne de départ, pas « trop » en retard.

Chap II : 7h45.

On est inscrit. Tout le monde est là, Liliane et Eric, Jean, David, Olivier, leurs épouses et progénitures respectives qui se lancent (c’est un image) sur la randonnée pédestre et Didier, Bernard, Edouard et moi, tous remontés comme des pendules. Ma moitié ne devrait pas tarder. On est parti pour 55, 75 ou 105 km !

Edouard et Bernard impressionnent sur leur monture bicéphale, virages et relances s’enchainent sous les vivas des randonneurs ébahis qu’ils balancent aux orties sous le souffle de leur passage. Parfois Bernard descend du vélo pour aider une demoiselle en détresse tandis qu’Edouard continue seul, et le couple infernal se reforme un peu plus loin.

Voilà, c’est court comme chapitre mais je fais ce que je veux, c’est moi qui écris merde !

Chap III : Didier, tu prends quoi comme produit ?

Le parcours est très sympa et alterne montées et descentes en singles techniques, car souvent boueuses et glissantes, avec quelques passages roulants. Didier pédale sur un rythme élevé. Parfois des vapeurs vertes et orangées s’échappent de son cuissard. Pendant la première heure on est proche du 20 de moyenne sous un temps oscillant entre timides apparitions du soleil et nuages. Les Thoor pretextent une crevaison qu’ils répareront disons … à leur rythme, probablement pour permettre à Edouard de souffler un peu.

Côté fléchage, c’est pas le top : les changements de direction sont indiqués au dernier moment et, souvent, on est contraint de faire demi-tour pour avoir raté une timide rubalise planquée dans un gros arbre pour signaler au dernier moment une bifurcation dans une descente rapide…. Mais c’est beau et on s’amuse. Didier et David, virtuoses dans la boue, dévalent les pentes à tombeau ouvert. Le premier ravito arrive. On ne s’y arrête qu’un instant.

Peu à peu le temps se couvre. On roule toujours à la même allure mais le peloton s’étire un peu. Didier et moi ralentissons régulièrement pour laisser David, qui gère parfaitement son effort et refuse avec raison de se mettre dans le rouge, et les Thoor, qui ont un peu de mal avec leur engin dans les parties glissantes (on parle bien de leur tandem hein …) à cause de feins récalcitrants, de recoller. On arrive au second ravito acceuillis par la première ondée de la journée.

Chap IV : Nous partîmes à cinq …

Notre fringant quinqua craint les changements de rythme à répétition car il a du mal à repartir ensuite et aussi parce que les émanations colorées qui flottent dans son sillage attirent l’attention des badaux. On attend de moins en moins souvent. Ce serait mieux de rouler ensemble … mais le rythme me convient parfaitement, le paysage défile, les singles sont amusants, la vitesse grisante, et, malgré la pluie qui revient de plus en plus régulièrement et la boue de plus en plus présente, on s’éclate !… Et on lâche nos trois camarades de virée.

Au détour d’un virage, Didier chute séchement. Il est sonné et a le souffle coupé. Plus de peur que de mal, on repart. Peu après, je faute et fauche quelques épis de blé en sortant de piste pour n’avoir pas anticipé le dérapage impromptu d’un randonneur que je m’apprêtais à doubler dans une petite descente. Houlà, il faut rester concentré !

On passe les sous-terrains datant de la guerre, Didier me fait un petit cours d’histoire dont il est féru puis, nous poursuivons notre chemin à vive allure, même si la moyenne a un peu baissé étant donné les conditions climatiques qui rendent le terrain peu enclin à la gaudriole.

Chap V. Plus de son, plus d’image.

Il pleut. Certaines portions roulantes sont encore avalées à 30km/h.

Mais le chef a chu et, c’est chiant, la chute l’a séché et touché aux hanches ! Après une sévère ascension c’est la panne.Nous roulerons très tranquillement dès lors. On a pédalé 2h à 2km/h de plus que les autres et là on va à 3km/h de moins : Ils nous auront vite rejoint.

Au dernier ravito où nous posons un moment pendant que Didier englouti la moitié des vivres disponibles, Mr Scott fait un brillant retour, sourire aux lèvres. Nous terminerons tous les trois sous un mémorable déluge les 105km et 2000m de dénivelé d’un parcours finalement beaucoup moins exigeant que celui de la Jean Racine.

Chap VI. Whee…..bling

Retour au stand, on passe la ligne de départ et boum : David glisse et se retrouve le cul dans l’herbe grasse. Heureusement, les 300.000 personnes alentours regardaient ailleurs. Ah ben non en fait …

Après un moment, il se relève, me dit s’être fait mal au genou mais n’insiste pas et remonte sur le vélo, direction le lavage. Personne ne s’aperçoit qu’il souffre vraiment. Il portera une gouttière deux à trois semaines …

Après avoir fait la queue à l’unique (!) tuyau d’arrosage disponible et m’être arrangé avec Didier et David pour le retour au bercail, je me dirige vers le parking pour rejoindre les Thoor à qui j’ai confié mes affaires le matin et les surprend en slip en train de se laver dans leur camionette. Terrifiant spectacle qui hantera longtemps mes nuits. L’écart était finalement minime, on aurait pu et dû s’attendre c’est évident !! Une leçon pour la prochaine fois. Bernard se venge en me vidant un bidon d’eau glacé sur la tête, soi-disant pour me débarbouiller un peu avant de me changer mais je ne suis pas dupe. Frigorifié, je me précipite vers mon sac et m’aperçois que, dans l’agitation matinale, je n’ai emporté qu’un pantalon et une chemisette. Ni serviette, ni sous-vêtement et pas plus de pull, veste, chaussette ou chaussure …

Congelé, je reviens vers le stade sous la pluie battante pour retrouver les Dumilly qui me ramènent chez moi. Les épouses sont aux anges, leur ballade les a emballées. Mes femmes n’ont pas réussi à les retrouver (en fait elles se sont croisées, il y a du chemin à faire niveau organisation…) mais me diront avoir adoré la sortie. Les enfants ronflent à côté de moi, j’ai bien du mal à ne pas les imiter.