Jeudi 16 aôut 2012. Je commence demain.

Ca fait 2 semaines que je roule chaque jour, chaque jour où ma tendre épouse le permet, à moins de 40km d’Ornans. Demain, retour à la maison, le nOOrd. Je ne peux plus repousser le moment fatidique. David et Jean me mettent la pression en m’envoyant des messages tantôt menaçant, tantôt suppliant, plusieurs fois par jour depuis le début de la semaine pour que j’aille faire La grande boucle : 83km autour d’Ornans, 3000m de d+, la trace de l’xtrem sur loue 2009. D’après Jean, ce sera très proche de ce qu’on connaitra en octobre. D’après moi, je vais en chier.

 

7h00. Je me lève et ne bouscule personne.

Je prends les bidons d’eau, les barres energétiques, mon téléphone portatif tout neuf pas encore cassé, le gps avec la trace dedans c’est mieux, mon cuissard de combat et mon casque d’assaut. C’est parti. Ah non, je retourne chercher qqs feuilles de PQ, on ne sait jamais. Cette fois c’est parti. Merde !! Où sont les clés de la voiture ?

 

8h30. Le véttétiste du val.

C’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent ; où le soleil, de la montagne fière, luit : c’est un petit val qui mousse de rayons. Un véttétiste plus tout jeune, bouche ouverte, tête casquée et la nuque baignant dans la lotion anti-moustique dort encore à moitié sous la nue, pâle dans son berlingo gris où la lumière pleut. Il a un vélo rouge au côté droit. OrnansOrnans

9h00. J’ai vu la Loue.

Bon j’ai tout, j’ai fait caca, c’est parti. Il fait 12 degré. Brrrrrrrr ……. Ca commence peinard le long de la Loue environ 5km, c’est très jolie. Puis je traverse la rivière sur un bucolique petit pont, commence à monter et entre dans un sous-bois. trois semaines sans pluie

Il n’a pas plu depuis trois semaines, avec des températures de plus de 25°C tous les jours. Dans l’ensemble les chemins empruntés sont secs mais il y a tout de même de nombreux endroits où la boue pointe le bout de son nez. L’humidité ambiante ne me permet pas de garder mes lunettes sur le nez car elles se couvrent très vite d’une multitude de gouttelettes.

L’eau est omniprésente…

une marche dans un cours d'eau   Le tracé propose toutes sortes de terrains : du gravier, des dales rocheuses, de rares pierriers et une majorité de passages pentus où la terre se mêle aux racines et aux pierres. Pendant 30km c’est une succession de montées plus ou moins raides mais toujours franchissables et de descentes parfois techniques mais jamais ingérables. Ma suspension Epicurienne permet de gommer les irrégularités du sol et préserve mes vertèbres, merci à elle. Il y a peu de faux plat ici. Je suis tout seul et décide donc de rouler en mode eco-prudence et tiens un tout petit 14 de moyenne en sortant du bois, sous le soleil. Après un très court passage tranquille et curieusement horizontal, ça se met à descendre de plus en plus fort sur un single de plus en plus étroit et tortueux où les racines et les rochers tentent de faire des croches pieds. Il y a un virage en épingle tous les 150m. C’est bon mais c’est chaud. J’en prends plein la vue et plein les bras, le cul derrière la selle avec une tension à faire blémir un cardiologue kényen. Et revoilà la Loue. On re-traverse un petit patapont et emprunte un chemin qui, oh surprise, grimpe vers un sous-bois. C’est reparti pour une série d’ascensions et de descentes à l’ombre des sapins.

 

13h30. La carte s’il vous plait.

Il commence à faire chaud. Je me suis paumé un paquet de fois déjà.C’est un doux euphémisme que de considérer la trace récupérée sur le net comme peu précise… Elle m’a coûté moult demi-tours. Parfois certains endroits manquent clairement d’entretien et il n’est pas possible de passer sur le vélo à cause d’un sapin en travers, de branchages entassés ou de la végétation trop dense. J’ai 3h15 en déplacement et 43km au compteur. J’arrive au village de Lods, traverse une nouvelle fois la Loue face à un hôtel-resto où j’aperçois les convives qui dînent en terrasse, à l’ombre des frondaisons. Je me présente, tout crotté et malodorant, et demande un couvert d’un air dégagé. Pas le choix, c’est le seul endroit où manger à plusieurs kilomètres  à la ronde. La serveuse me montre une chaise et je décide de me faire une bonne pause avec une « salade du randonneur ». J’en profite pour faire le plein d’eau de gaz et d’électricité et hop en selle.

 

14h30. 45ème étage, sans ascenseur.

 

Putaing, ça grimpe !!

Il fait carrément chaud. Autour de 30°c. Il n’y a plus de sous bois. Ca monte fort d’abord sur herbe puis sur une piste caillouteuse. J’aperçois là haut une falaise surplombée d’une croix : c’est la que je vais. Ca fait 3 bornes que je mouline et je ne suis pas à la moitié. C’est long mais heureusement le chemin n’est pas cassant.

J’aperçois un panneau : « Haute-pierre 620m ».  Sauf que c’est un escalier qui mène  au point de vue. Portage obligatoire. Vélo sur le dos je gravis donc les marches jusqu’à déboucher sur un sentier au flanc de la falaise.

 Je transipire à mort, il fait chaud à crever, mais c’est

M-A-G-N-I-F-I-Q-U-E.

 Le Mont blanc est nettement visible à l’horizon au dessus des sommets alentours mais n’apparait pas sur les photos prises de mon téléphone transportable qui, naturellement, sature. Juste en face, de l’autre côté de la vallée, une autre falaise rocheuse. C’est là que je vais …

  Encore une descente de poilus. D’abord à bonne allure entre les sapins un sourire radieux accrochés aux lèvres puis, la piste devient pentue, tortueuse et étroite. Elle est couverte de plaques rocheuses en dévers et de végétation. Ca reste encore gérable surtout parce que c’est sec mais le sourire est maintenant crispé façon Joker batmanien. Par endroits, le single est étayé par des rondins de bois au delà desquels il y a un trou de plusieurs mètres. Pas le droit à l’erreur, ça calme.Je pose plusieurs fois ou deux pied à terre pour franchir des nids de racines ou une marche impressionnante ou … parce que je me chie dessus. Un coup d’oeil au compteur. Aïe, 12km/h.

Arrivé en bas, coucou la Loue… et  ça remonte tout de suite.

   Encore une longue longue escalade. D’abord sur une route bétonnée qui laisse la place à une piste caillouteuse où il faut chercher sa trajectoire pour ne pas patiner et on débouche sur un magnifique point de vue après presque 5km. C’est toujours aussi superbe. J’aperçois en face la croix sous laquelle j’étais tout à l’heure, il y a maintenant 1h. Le chemin se poursuit à flanc de falaise, il n’y a plus de longues côtes mais de courts raidars (dont certains me paraissent impossibles à escalader autrement qu’en portant le vélo) et de brèves descentes. C’est une alternance de prairies roulantes et rapides en bord de falaise avec une vue de folie et de sous-bois sec qui donnent le tournis et doucement me mènent à près de 900m d’altitude. 1000 m de d+ et 500m de d- en 15km. Ornans est plus de 500m plus bas. Il n’y a «plus qu’à» redescendre, ou presque,  sur les 20 bornes restantes…. La dernière longue descente se passe à nouveau en sous-bois. S’il pleut ici, comme sur les 45 premiers kilomètres, on devine tout de suite que ça peut devenir une guerre de tranchée. Mais aujourd’hui, même s’il reste des bourbiers et qu’il faut traverser quelques ruisseaux, le terrain est globalement assez sec.

 

19h00. Oui madame, deux cocas et pas light s’il vous plait.

Je sirote deux sodas plein de sucre sur la terrasse d’un café au bord de la Loue, les jambes raides et les épaules courbaturées. Il commence à faire sombre et plus frais car Ornans est fortement encastrée entre les montagnes. Le gps indique 87km, près de 3000m de d+ et plus de 7h de pédalage. Certes, il y a un peu de temps à gratter avec un bon débrousaillage du parcours et un bon fléchage mais j’imagine difficilement pouvoir terminer en moins de 6h, même avec les conditions optimales.

 

Le jour J… comme Jura

Si nous avons la chance de bénéficier d’une arrière saison sèche, le grand parcours devrait être jouable pour un gars préparé. Si la pluie est de la partie, je me rabattrai probablement sur une boucle plus modeste car la boue, les racines et autres pierres, ainsi que les nombreuses dalles rocheuses rendraient le grand parcours dangereux en descente pour mon niveau technique et extremement compliqué en montée. Sur le plat ? Il n’y a pas de plat.

Le cycliste rencontré à la Sarrazine m’a affirmé que le 60k sera moins exigeant… Alors, on verra bien, la météo décidera !

 

PS : n’oubliez pas de cliquer sur les photos pour les voir en plein écran.