Anonyme
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Bien que contraint de supporter la promiscuité d’un Jean-Yves surexcité pendant près de 4h dans l’habitacle des plus cossus, mais il faut bien l’admettre un rien exigu, de mon rutilant bolide dont, au passage, le charme suranné n’a d’égal que l’incroyable fonctionnalité et que je préférerais qualifier, par respect pour ce vaillant véhicule qui nous a mené sans faillir tout au long de notre périple alors qu’aucun d’entre nous n’avait l’âge légal pour le conduire, d’expérimenté plutôt que d’antique comme n’hésitent pas à le faire certains personnages peu scrupuleux, le voyage vers la Suisse-Normande s’est déroulé idéalement jusqu’à l’auberge de Brie, à proximité du lit de l’Orne, qui n’est certes pas tenue par Prosper Poiredebeurré mais nous proposera néanmoins un repas digne d’un hobbit plus tard en soirée.

Après une rencontre inopinée avec un groupe de vététistes parisiens mais néanmoins sympathiques (du moins l’un d’entre eux qui, contrairement à vous bande de béotiens, connaissait Tolkien) auxquels Jean vendra avec brio notre ronde et une sérieuse collation à l’auberge susnommée, le Jean-Yves et moi nous sommes dirigés vers un luxueux hôtel du voisinage afin d’y passer une bonne et calme nuit loin de la veine agitation de nos collègues marcassins un rien nerveux à l’approche de l’événement du week-end. On ne mélange pas les torchons et les serviettes, que voulez-vous … 😆 😆 Jean-Yves, qui ne loupe jamais une occasion ne se faire des amis, s’en est fait un nouveau en la personne d’un géant noir au sourire aussi large que ses épaules de catcheur et tenancier du bel établissement, qui l’a chaleureusement remercié de l’avoir aidé à veiller toute la nuit grâce à ses ronflements sonores. 🙄

A 8h15, après avoir attendu une éternité que mon compagnon de route obtienne enfin sa plaque de cadre, nous rejoignons les autres marcassins sur la ligne de départ. Le Doc, qui en grand frère pense à tout, nous a amené à chacun des tubes de potions magiques pour nous aider à surmonter l’épreuve. Pour une fois, les effluves que nous laisserons dans notre sillage seront aussi étrangement colorées que les siennes 😉 . David, qui 3 jours plus tôt craignait de ne pas pouvoir prendre le départ suite à une blessure, est remonté comme une pendule. Jérôme et le pote au doc qui chassent le chrono fument déjà, jaunissant l’herbe sous leurs fasttracks. Jean et son fiston de compétition sont sur la brèche et attendent le départ du 68km. Benjamin est introuvable. Il aurait dormi sur place dans une tente, préférant, on le comprend aisément, le froid et la solitude plutôt que les vrombrissements du V8 de mon compagnon de chambrée qui ne m’ont laissé vaguement sommeiller que par périodes de 30s.

C’est parti mon kiki. La première partie du parcours est très roulante. De larges pistes permettent au peloton de s’étirer sans le moindre ralentissement. Le balisage est parfait. Chaque traversée de route s’effectue royalement entre trois gusses en gilet jaune qui bloquent la circulation pour nous permettre de ne pas freiner. Le paysage est splendide et pour l’instant, nous avons le loisir de l’admirer. Le Doc, en grande forme, nous attend en haut des petites montées en lisant le journal. David est en mode déconnade. Jérôme et son acolyte ont disparu depuis bien longtemps. Benjamin nous double après une dizaine de kilomètres. Tout roule.

Après cette entrée en matière idéalement choisie pour chauffer nos mollets de quadragénaires, arrive le premier vrai coup de cul. La transition est brutale, put@&  ça grimpe !!. Puis, on arrive sur la première descente technique. Une pente invraisemblable avec une rambarde au milieu et un virage à angle droit en bas. C’est chaud bouillant, le ton est donné et la difficulté va aller crescendo jusqu’au kilomètre 75 : une succession d’ascensions longues, raides, tortueuses et techniques bardées de marches naturelles de pierres et de racines puis des descentes vertigineuses dans lesquelles l’engagement est obligatoire et où virages relevés,pierriers, racines, devers, ornières, épingles serrées et abruptes s’enchaînent sans relâche à grande vitesse. C’est grisant mais plus question d’admirer le paysage. C’est fun mais tendu. L’impression d’être à la montagne est omniprésente. Les moments de récupération sont rares et les organismes mis à rude épreuve. David impressionne par son aisance en descente et assure dans les côtes en mettant, comme à son habitude, une ambiance de folie partout où il passe , Jean-Yves souffre un peu dans le d- mais grâce à un physique sans faille recolle dans le d+. Le Doc profite de sa grande expérience et ne lâche pas un pouce de terrain tout en nous prodiguant de bienvenus conseils.

Deux jours après le raid, des images continuent de revenir régulièrement. Une fois, après une montée ultra-raide assis sur le bec de selle, le genre de grimpette où on échangerait volontiers un rein pour un plateau en 20 dents, un léger faux plat se présente enfin devant moi. J’en profite pour relancer, tourne derrière un arbre en passant au dessus d’une grosse racine et me trouve engagé dans une espèce d’épingle masquée jusqu’au dernier moment et dont la première partie est une dalle pierreuse totalement lisse qui descend quasi verticalement d’un bon mètre vers le chemin qui part en bas en sens inverse. Ouch, pas le temps de m’arrêter, je suis déjà dedans. Je tourne les épaules et le regard vers la sortie du le virage en chargeant l’avant et bloquant la roue arrière un peu à l’instinct, l’instinct de survie 😯 . Le vélo dérape, pivote, se met en travers sur la pierre et glisse jusqu’en bas sans autre conséquence qu’une énorme poussée d’adrénaline. J’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Ouf, c’est passé… avec de la chance car je n’avais jamais fait ça avant. Une autre fois, dans une descente hyper raide, le thorax contre la selle, les bras tendus et pourtant à la limite du soleil, je pars à la faute suite à un mauvais contrôle et petite une glissade(ben oui, ça descend au point qu’il est dur de marcher, il y a une petite ornière au milieu, c’est très sablonneux et ça tourne sans arrêt). Je pause pied à terre comme je peux pour me rééquilibrer, regarde passer David qui manoeuvre comme un beau diable, puis repars dans la pente tout en apercevant d’autres vététistes qui sortent de la trace, embrassent les arbres ou font des rouler-bouler dans les fougères. Je ne citerai pas de nom par respect envers le grand homme mais l’un d’entre eux n’avait plus son journal 😀 . Une autre fois, nous rencontrons une série de troncs d’arbres couchés en travers du chemin à une hauteur qui nous force à nous coucher sur le vélo pour passer dessous. Sauf que quelques mètres avant le dernier tronc il y a une bosse que je ne vois pas et me fait décoller. L’énorme tronc arrive sur moi toute allure. J’atterris juste devant, me couche le cintre dans les côtes et enttends un gros bruit de frottement quand mon Camelbak rippe violemment sur l’arbre. Une autre fois encore, dans une descente de dingue, David et moi croisons un instant deux des amis parisiens rencontrés la veille, l’un est allongé et prend un air détaché tandis que son vélo gît 20m plus bas dans une pose acrobatique, l’autre tente de descendre comme il peut à pied en s’accrochant à tout ce qu’il peut. Ils se bondissent comme des diables sur les côtés quand nous arrivons, couchés sur nos selles. Heureusement car il est totalement impossible de faire autrement que d’aller tout droit en essayant d’éviter de partir en soleil. Et tout ces singles, ces virages couchés pris au taquet, ces marches infranchissables mais franchies quand même, ses interminables pentes aux pourcentages déments …

Arrive alors le dernier ravito. C’est dur. On nous dit que le pire est passé et que le restant n’est que plaisir … à un ou deux raidards près. Effectivement, les 25 derniers kilomètres sont un bike parc naturel où des singles incroyablement ludiques se succèdent les uns aux autres sans jamais sortir de la forêt. Jean-Yves roule aux avant-postes, le Doc souffre un peu mais serre les dents et continue de relancer en danseuse régulièrement. David virevolte. Les cuisses se font oublier tant c’est joueur, rapide, tortueux. Chacun lâche les chevaux et se fait plaisir. C’est une récompense formidable qui nous donne l’énergie de terminer un grand sourire crétin rivé sur le visage ces 100km et 2800m de d+.

Un grand bravo à notre cadet Quentin qui est parvenu à surmonter une épreuve d’une difficulté physique et d’une technicité rares. Un autre à nos champions qui terminent avec des moyennes oscillants entre 16,5 et 19km/h 😯 😯 Encore un au staff de cet événement qui mérite clairement sa place au top des randos nationales tant pour la beauté, la difficulté et la technicité de son tracé que pour son organisation sans faille. Et enfin un dernier à vous si vous avez lu tout ça.