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      Didier, David et moi avons coché l’Ardennes Trophy dans notre agenda, le lundi de Pentecôte. Comme il s’agit de la date traditionnelle de notre rando qui, exceptionnellement, n’a pas lieu cette année, nous n’avons jamais fait ce raid mais avons déjà pausé nos crampons plus d’une fois dans le massif Belge (Hautes Fagnes, Raid des sorcières, Bouillon) et savons à quoi nous attendre : du lourd !

      En route.

      L’organisation du co-voiturage est assez compliquée. Le dimanche après-midi, STILL, le groupe de rythme&blues dans lequel je suis clavier, fait une scène à Wimille tandis que David a un repas de communion. Le départ sera donc assez tardif et l’arrivée à l’hôtel prévue vers minuit. Nous nous lançons donc tous les trois dans le rutilant fourgon de Didier en direction de Theux, dimanche soir aux alentours de 20h. Se déplacer en fourgon s’avère extrêmement pratique : vélos et matériel se chargent facilement, pourront rester à l’abri hors de vue toute la nuit et nous disposons d’une cabine pour nous changer tranquillou. Pour ma part, après un soucis de voûte plantaire à la Jean Racine, je n’ai pas pu réaliser la préparation que je souhaitais et pars avec quelques doutes et 10 jours sans vélo… Didier a une douleur à une cote et est également un peu inquiet. David,lui, affiche sont inaltérable bonne humeur.

      Alarme !!

      Comme prévu, nous sonnons à la porte de l’hôtel peu avant minuit et une dame souriante vient nous ouvrir et nous donner la clef de la chambre. Nous montons bien pressés d’aller au lit car le lendemain va être rude. Arrivé au troisième étage, Didier cherche l’interrupteur du couloir… Nous savons que l’animal est un adepte de la guerre psychologique, de l’attaque au moral et autres filouteries . Toujours est-il qu’au lieu d’illuminer le chemin vers la chambre, il déclenche l’alarme incendie ! Etait-ce pour nous empêcher de dormir ? Je ne pense pas, les ronflements de David sont amplement suffisants… Etait-ce pour pourrir la nuit d’éventuels participants au raid qui espéraient, naïvement, passer une paisible nuit avant d’affronter l’exigeant tracé du lendemain ? Nul ne sait où s’arrête la fourberie de cet individu. Toujours est-il que, cinq minutes après notre arrivée, nous sommes unanimement détestés de tous. D’autant que la brave dame qui nous a accueillis mettra plus d’une heure avant de parvenir à couper cette satanée alarme.

      Debout !

      Après une nuit écourtée par les hululements stridents de l’alarme et les grognements porcins de mon voisin de chambre qui, selon lui, ne ronfle jamais, nous prenons un copieux petit déjeuné puis la direction de La Reid pour retirer notre plaque, un maillot « Ardennes Trophy » très sympa et me donner l’occasion de m’adonner aux joies du zeugma. Nous nous rendons ensuite sur la ligne de départ sous un petit crachin. La météo est incertaine… Pourvu qu’il ne pleuve pas trop.

      Le départ

      Nous partons ensemble, dans la meute du deuxième départ, peu avant 10h. Didier vise le 75km et ses 2000m de d+ tandis que David et moi souhaitons boucler les 2800m de d+ du 100km. Les parcours sont les mêmes jusqu’au 3ème ravito où la grande boucle fait un premier détour avant de revenir sur le tracé du 75km puis de le quitter à nouveau jusqu’au quatrième et dernier ravitaillement avant l’ultime portion vers l’arrivée.
      Le début est assez roulant. Des montées pas trop longues sur des chemins larges et des descentes peu techniques avalées à fond. L’idéal pour fluidifier le trafic. Le niveau est élevé et nous nous faisons régulièrement doubler par des bolides. Après un bon dix bornes ensemble, je décide de rouler à mon rythme, un peu plus élevé que celui de mes compères, qui m’encouragent à ne plus les attendre, et les distance petit à petit.

      Jusque là tout va bien

      Jusqu’au kilomètre 60 je suis sur un petit nuage. Le temps s’est dégagé, la température est clémente, le terrain est sec et je pédale à mon rythme, sans avoir l’impression de forcer. La difficulté s’accentue, les pentes se font plus longues et plus raides, les descentes plus techniques mais en 22*36 les raidars passent bien et mon récent stage dans les Vosges du nord m’a donné de l’assurance techniquement. Il y a bien quelques bouchons de temps en temps mais rien de vraiment gênant, tout est plutôt fluide. Je roule dans un bon groupe et les kilomètres défilent à un bon 18km/h de moyenne.
      Les deux premiers ravitos m’ont permis de prendre rapidement un peu de sucre et d’eau and i feel good … A ce rythme, je devrais rester sous les 6h en global sans soucis , ce serait top ! Je m’amuse bien et profite un maximum. Mon nouveau pneu avant, un Taïpan, est une tuerie avec un rendement bien meilleur qu’un Toro sans jamais être pris en défaut de grip, une révélation !
      Le balisage est exceptionnel, pas une fois je ne me suis interrogé sur la direction à suivre ni n’ai douté d’être sur le bon chemin. A chaque intersection, il y a des policiers qui arrêtent la circulation et des signaleurs qui nous encouragent. Une organisation de folie avec plus de 200 bénévoles et des policiers pour encadrer les 1800 participants. C’est pro.
      Il ne reste plus qu’une méchante ascension avant le 3ème ravito un peu avant les 65km. Longue, pentue, usante. Petit à petit je sens poindre une douleur sous le pied gauche, celle qui m’a fait souffrir à la fin de la Jean Racine. J’appuie un peu moins, pousse probablement un peu plus avec la jambe droite et une autre douleur arrive au niveau du genou droit. Merdum ça recommence !

      3ème ravito

      63 km en 3h30. Grosse pause. Je ne serai pas sous les 6h. Pour le moment je n’ai pas trop mal mais j’ai des craintes pour la suite des réjouissances. Après une vingtaine de minutes passée à me masser le pied en mangeant du gâteau de riz, ce qui demande une coordination insoupçonnée , essayez donc pour rire, je repars et opte tout de même pour la grande boucle. C’est un test pour la MB Race que j’envisage en juillet : si l’Ardennes Trophy ne passe pas nickel, je ne vois pas comment je pourrai boucler 7000m de d+ dans les Alpes dans de bonnes conditions … Aller, il ne reste qu’un bon 35km.

      Petit à petit les douleurs augmentent. Parallèlement, le temps se couvre de plus en plus, la température baisse et le vent monte. La petite boucle est un peu plus technique que les précédentes avec des épingles et des singles étroits, c’est du bonheur en descente mais ça pique quand la pente s’inverse. De retour sur le tracé commun, je croise Didier qui vient juste de quitter David et le ravito 3 pour bifurquer sur le 75km. Il roule bien l’animal et me met un petit coup au moral car j’ai de plus en plus de mal à pédaler ! Mon caractère de cochon prend le dessus tout de même, je ne veux pas lâcher et m’entête encore sur le 100km, même si ma vitesse moyenne a fortement chuté, et je quitte Didier qui attaque la fin de son parcours. Je mouline beaucoup car ne peux plus appuyer fort sur le pied gauche et dois gérer un petit pique qui taquine mon genou droit. Aller plus qu’un gros 25km.

      Ô désespoir

      Orage !! Peu après cette dernière bifurcation badaboum. Un éclair sinistre fend le ciel de bistre d’un long zigzag clair. La température chute sous les 10°C, il tombe des hallebardes de classe internationale. Une couche de boue glissante recouvre maintenant le sol chaud qui fume. Moi aussi j’entre en dépression.Heureusement, le Taipan se comporte toujours très bien sur ce terrain glissant. Même si le fond reste dur, il faut chercher la motricité dans les montées, rester prudent et vigilant pour ne pas partir à la faute en descente. La difficulté monte d’un cran, la vitesse moyenne s’effondre et la douleur devient difficile à supporter. Lorsque la pente dévient indécente, je suis contraint de pousser le vélo car mon pied et mon genou me font trop souffrir pour appuyer suffisamment et, à force de compenser, je sens arriver, sournoisement, des débuts de crampes sous la cuisse droite tandis que la pique dans le genou me lance de plus en plus. J’ai froid. C’est l’enfer. Je n’ose plus regarder le compteur qui ne dépasse que rarement les 10km/h, me répète en boucle que je vais y arriver et mets près d’une heure et demi pour rejoindre le dernier ravito tandis que la pluie s’arrête enfin. 3h30 pour les 63 premiers kilomètres mais plus de 2h pour les 25 suivants… Qu’est-ce que je fais là ?

      Dernière pause

      Dernier ravito. Il reste 13km. Encore une fois, je stoppe un bon 20min. Me masse le pied, le genou, m’étire et mange goulûment. Le soleil revient et me réchauffe un peu. Je repars avec un peu plus de moral, ça commence à sentir l’écurie. La vitesse n’est pas folichonne, c’est le moins que je puisse dire, mais le tracé est maintenant plus clément. Les pentes sont moins raides, certaines portions sont roulantes et je parviens à passer presque tout sur le vélo malgré la douleur. Arrive alors une dernière interminable ascension vers l’arrivée et la délivrance. C’est fini. Même pas mort.

      Retour

      Je suis parti il y a 7h20′, 230ème. Il n’y a pas grand monde derrière moi mais je me consolerai voyant que seuls 262 gars, sur les 1800 au départ, sont finishers du 100km et que le dernier mettra près de 9h pour en venir à bout. Mon compteur indique 6h45 de pédalage. J’ai mis 3h15 pour faire les derniers 35km… sans commentaire. Il n’y a plus de douche chaude, plus de sandwich. Je lave le vélo et rejoins Didier qui m’attend depuis longtemps au fourgon et, malgré une cote douloureuse, a roulé de façon incroyable, terminant le 75km en milieu de classement et 23ème master3. Impressionnant. Je me débarbouille à l’ancienne dans une bassine d’eau froide, me change, range mes affaires. David arrive moins de 15min plus tard, son grand sourire sur les lèvres. Costaud le gaillard !! Tandis que je suis complètement ruiné, il affiche encore et toujours une forme éblouissante et un moral à toute épreuve même s’il avoue en avoir bavé.
      Nous prenons la route peu après. Je comate dans l’habitacle pendant que David et Didier papotent. J’ai mal au pied, mal aux genoux, le moral dans les chaussettes et ne parviens pas à suivre la conversation. Mes bobos me rattrapent systématiquement lorsque je dépasse les 4-5h de selle. Je sais bien que mon temps idéal de roulage se situe entre 3h et 4h et que je ne suis pas vraiment fait pour des raids ultra longs. De plus, je vais être contraint de limiter les sorties pour me remettre et je ne pourrai pas avoir l’entraînement optimum nécessaire. Il est clair que je ne ferai pas la MB race.
      On s’arrête dans une friterie belge histoire de reprendre quelques forces en ingurgitant n’importe quoi. Dans la queue, on discute avec un belge qui a bouclé le 75km dans la souffrance lui aussi. Il connaît la ronde des Marcassins qu’un pote à lui a fait lors de la dantesque édition 2013, sous la pluie, dans le brouillard et la boue collante. Mr Com a sacrément bien fait son boulot !

      Un gros pipi dans un bac à fleurs qui ne s’en remettront probablement jamais et 3h plus tard, retour au bercail. Je suis HS et n’ai rien vu de la route. C’était la sortie la plus éprouvante que j’ai jamais faite. Globalement moins technique que le final des Hautes Fagnes mais avec cette pluie… Je m’effondre comme une masse sans même une petite pensée pour Didier qui bosse demain à 8h00.

    • Anonyme
      Inactif
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      Me suis amusé à regarder le palmares du gars qui remporte l’ardennes trophy…

      – vainqueur de la cap epic 2014 devant Sauser et Schurter (tops mondiaux) et loin devant Thomas Dietch (6x champion de france et 2 fois chamion d’europe marathon)

      – 4ème au championnat d’europe marathon 2014

      – 8ème au championnat du monde marathon 2014

      – régulièrement dans le top 50 mondial en xco

      Quand même… Ca calme un peu non ?

    • Anonyme
      Inactif
      Nombre d'articles : 263

      Toujours aussi super bien écrits tes récits président 🙂 quels talents !!! vélo, musique, écriture, planche à voile… what else? 😎
      Tu nous expliqueras « zeugma » et « bistre » stp?

      merci 😀 😀

    • Anonyme
      Inactif
      Nombre d'articles : 329

      OUP’S !!! j’ai du retard ds mes « lectures » !!! 😉 🙂

      Extraordinaire récit ! on rit de vos « mésaventures » pour le moins « originales » 🙂 😉 …. et on souffre en te lisant !!:( … j’imagine ta frustration à devoir renoncer à la MBrace, mais, mieux vaut qd mm prendre du tps pour te « soigner » (enfin ! qd tu auras trouvé le pourquoi de la chose ! 🙁 )

      Bravo à ts les 3 ! tjs aussi forts !! 🙂

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